Aux Docks Village, seize portes de prison ressurgissent du passé pour devenir des œuvres d’art. Une métamorphose née d’un pari fou, entre mémoire carcérale, création et solidarité.



Photos : Galerie Pentcheff/ Ville de Marseille/DR
Dans les coulisses d’un sauvetage improbable
Un matin de 2019, Alexis Pentcheff reçoit un appel qui ne ressemble à aucun autre : l’ancienne prison des Baumettes va être détruite, et ses portes, 100 ans d’histoire, de cris, de solitude et de survie, seront mises en vente. « On ne pouvait pas laisser ça partir à la benne », se souvient-il. Avec son épouse Giulia, les galeristes marseillais achètent une cinquantaine de ces mastodontes de bois et d’acier, chacune pesant près de 140 kilos. Dans leur galerie, les portes s’alignent comme des fantômes. Le couple comprend vite qu’il tient là plus qu’un vestige : un matériau brut, chargé d’histoires, capable de renaître.
Une idée, une association, et un projet qui prend chair
Le déclic vient en découvrant le travail de l’association Festin, qui gère le restaurant d’insertion Les Beaux Mets, au cœur même de la prison. « On s’est dit que ces portes pouvaient aider ceux qui les ont franchies », raconte Alexis. Le principe est simple, transformer les portes en œuvres d’art, les vendre, puis redistribuer les fonds, un tiers pour la galerie, un tiers pour l’association, un tiers pour les artistes. Certains, déjà, annoncent qu’ils reverseront leur part.




Photos : Galerie Pentcheff/ Ville de Marseille/DR
Des artistes face à l’objet brut
Le couple contacte alors des artistes dont la voix résonne avec l’univers carcéral ou avec leur propre génération. Passi, Akhenaton, Shurik’n, Mc Solaar répondent immédiatement. « On voulait des rappeurs dont les textes parlent de liberté, de murs, de destin », explique Giulia. S’ajoutent Ben, Hervé Dirosa, Robert Combas, Philippe Geluck, Eric Cantona, Doriane Malige… Tous acceptent la carte blanche. Reste un défi : transporter ces portes. L’une part pour Bruxelles, d’autres attendent que les artistes passent par Marseille. Certaines sont peintes dans les jardins de la galerie, entre deux concerts ou deux tournages. Cinq ans passent. Les portes changent de peau, de sens, de charge émotionnelle.
Une exposition qui raconte autant qu’elle interroge
Aux Docks Village, les visiteurs découvrent ces portes dressées comme des totems. Certaines sont peintes, d’autres sculptées, d’autres encore détournées. On reconnaît la patte de Combas, l’humour de Geluck, la poésie de Mc Solaar, la rage contenue d’Akhenaton. Chaque œuvre porte encore les traces du passé, les verrous, les impacts, les numéros gravés. On ne sait plus très bien si l’on regarde une œuvre d’art ou un morceau de vie.




Photos : Galerie Pentcheff/ Ville de Marseille/DR
Des prix… et une dimension solidaire
Les œuvres sont mises en vente : 90 000 euros pour une porte signée Robert Combas, 5 000 euros pour celles de Passi Mc Solaar, Akhenaton ou Shurik’n. Mais le prix réel pourrait être bien inférieur grâce aux déductions fiscales liées au soutien à l’association. « Ce sont des investissements qui, au final, peuvent être beaucoup moins lourds », glisse Alexis Pentcheff. De quoi peut-être convaincre certains amateurs d’art… de changer de porte.



Photos : Galerie Pentcheff/ Ville de Marseille/DR




